Les Amis des Bois de Buysdelle et de Verrewinkel

Article : Visite guidée thématique

Une invitation à venir parcourir ce très bel espace boisé !

par Élisabeth FAUVILLE, guide nature

< Liste des articles sur nos bois

Dans nos boisHistorique du bois

Fin du 18e siècle, les cartes levées par FERRARIS montrent que le bois de Verrewinkel faisait bien partie des quelques 12 000 ha que comptait la Forêt de Soignes. A cette époque, la Forêt de Soignes était composée de feuillus et de résineux.

Au plan cadastral ucclois de 1847, le bois est toujours en continuité avec la Forêt de Soignes mais à la suite du démantèlement de la Forêt de Soignes par la Société générale (qui en a été gestionnaire entre 1822 et 1843), le bois de Verrewinkel se trouve isolé dans un paysage agricole. Par ailleurs, plus tard des lotissements se créent autour de ce bois.

À noter que le propriétaire du Bois de Verrewinkel a été le CPAS de la Ville de Bruxelles jusqu'en 2003 puisque la Commune d'Uccle a décidé de l'acquérir en 2003 et c'est finalement en 2005 que la Commune d'Uccle en est devenue propriétaire.

Le site est classé depuis 1990 comme réserve naturelle et bénéficie de la protection en tant que Zone Natura 2000, comme plusieurs zones boisées et ouvertes au sud de la région bruxelloise.

Géologie

Cet espace boisé de 16 ha a connu bien entendu la même histoire géologique que celle de la Forêt de Soignes. La Forêt de Soignes est située dans le brabant sablo-limoneux, réputé pour ses excellentes terres agricoles.

Le sol est essentiellement constitué de limon qui est un matériau relativement léger à mi-chemin entre le sable, plus graveleux, et l'argile, plus fine. L'épaisseur de cette couche de limon est de 3 à 4 m en moyenne.

Sous cette couche de limon, on trouve d'épaisses strates sablonneuses datant de l'ère tertiaire, soit entre 55 et 2 millions d'années.

Ces paquets de sable constitués de sédiments minéraux (graviers, silex, grès calcareux ou ferrugineux) et de fossiles (dents de requins, des coquillages, etc.) ont été déposés dans le courant de l'ère tertiaire, au gré des transgressions et des régressions successives de la mer qui est venue plusieurs fois recouvrir ces terres. À cette époque, nous étions sous un climat tropical.

Les strates géologiques sablonneuses portent les noms de bruxellien, lédien, asschien ou tongrien.

Le sable bruxellien constitue une couche compacte épaisse de 40-50 m d'une texture graveleuse de couleur ocre utilisé dans la construction. Le grès calcareux présent sous forme de banc dans le sable bruxellien a également été exploité comme matériau de construction.

Le sable bruxellien repose sur la strate d'argile de l'yprésien. Cette lourde couche d'argile grise retient l'eau qui filtre aisément à travers les couches perméables de limon et de sable, créant ainsi une nappe phréatique permanente.

Au quaternaire (pléistocène), soit entre 2 millions et 10 000 ans, des changements climatiques importants et extrêmes se sont produits. Quatre longues périodes très froides, appelées glaciaires, entrecoupées de périodes plus chaudes, appelées interglaciaires, se sont succédé. Au cours de ces glaciations, la calotte polaire s'est étendue loin vers le sud, pour atteindre à un moment le sud des Pays-Bas actuels. Du fait de l'augmentation de la masse de glace de la calotte polaire, le niveau des océans a diminué, de sorte que notamment la mer du nord s'est retrouvée pratiquement à sec. C'est donc à cette époque que s'est déposé le limon éolien apporté par les vents du bassin asséché de la mer du nord.

Les périodes glaciaires ont également été marquées par un autre phénomène : celui de la formation du relief accidenté que l'on découvre ici mais également en Forêt de Soignes. Ainsi, pendant les périodes de glaciation, la partie profonde du sol était gelée en permanence. Elle ne dégelait jamais même pendant les brefs étés. En surface, par contre, l'épaisse couche de neige hivernale fondait rapidement, libérant de grandes quantités d'eau de fonte qui ne pouvaient pas pénétrer dans le sol gelé. L'écoulement massif de ces eaux dans les vallées existantes a provoqué dès lors le creusement ou l'érosion de celles-ci, donnant ainsi au relief ses formes tortueuses et abruptes.

Au cours des dix derniers millénaires, la Forêt de Soignes étant restée boisée, l'érosion n'a plus eu de prise sur les vallées asséchées (vallées "fossiles"). C'est donc finalement la couverture forestière qui a pu conserver intact le relief accidenté.

 

Flore

Dans nos boisAu bois de Verrewinkel, 3 types de végétation forestière peuvent être distingués :

• Le fond des vallons notamment sur la lisière sud est constitué d'un sol moyennement riche en éléments nutritifs et moyennement humide permettant une activité biologique moyenne. Nous y retrouvons le chêne associé à la ficaire fausse-renoncule et l'anémone sylvie.

 

Dans nos bois• Le versant des vallons et les plateaux sont constitués d'un sol très pauvre à moyennement riche en éléments nutritifs, plus acide que dans le fond des vallons permettant une activité biologique plus réduite. Nous y retrouvons des hêtres associés à la jacinthe des bois, l'anémone sylvie et le millet étalé. C'est le type le plus courant au bois de Verrewinkel.

• Et de temps à autre, dans ce bois, il peut être distingué un sol très pauvre en éléments nutritifs et très acide, constitué du hêtre associé à la grande luzule, la laîche à pilules et le maianthème.

 

La hêtraie a commencé sous le régime autrichien en 1774 dans le but de l'exploitation sylvicole.

Le hêtre (Fagus sylvatica) est reconnaissable à son écorce lisse et de couleur gris cendré clair. Elle est fine et lorsque le tronc est brusquement exposé à une abondante lumière solaire, l'écorce peut commencer à s'écailler et donc permettre l'intrusion de champignons ou d'insectes. Il s'agit d'un grand arbre pouvant atteindre 40 m de hauteur et 1,50 m de diamètre. Souvent planté en futaie, il est utilisé comme bois d'œuvre ou d'industrie (meubles, placage, etc.) et c'est un excellent bois de chauffage. Il était d'ailleurs utilisé comme charbon de bois (d'où l'origine de la forêt charbonnière). De l'écorce est tirée du goudron de bois appelé créosote : antiseptique et désinfectante.

Feuilles de hêtreLes feuilles ovales ont un bord entier et lisse (à ne pas confondre avec celles du charme qui ont un bord doublement denté et les nervures bien plissées). Le feuillage bien touffu ne laisse pas pénétrer facilement la lumière. Dès lors, dans la hêtraie, il y a très peu de végétation herbacée. Toutefois, on y trouve l'anémone sylvie et la jacinthe des bois qui font leur cycle avant que le feuillage n’apparaisse.

Le hêtre fleurit en avril-mai (fleurs femelles et mâles sont séparées). Les faines trigones mûrissent dans des cupules épineuses qui s'ouvrent en 4 valves et tombent sur le sol en octobre. Elles sont comestibles et fournissent de l'huile.

Le hêtre est une espèce sciaphile (ombre) (surtout au départ). Ensuite, comme il a une croissance plus rapide que le chêne, il supplante les autres espèces dont le chêne qui est lui une espèce héliophile.

Le hêtre aime l'humidité atmosphérique et a besoin de précipitations annuelles supérieures à 750 mm.

Ses racines sont superficielles et sont donc son point faible notamment lorsqu'il y a des tempêtes.

L'anémone des bois (sylvie) (Anemone nemorosa) fleurit de mars à mai. Cette plante est pollinisée par les insectes et les graines sont disséminées par les fourmis. C'est une espèce de demi-ombre sur sol assez frais (limon et sable). Famille des Renonculacées. Plante toxique.

Dans nos bois

La ficaire fausse renoncule (Ranunculus ficaria) fleurit d'avril à mai et dont la dispersion se fait par les fourmis (bulbilles axillaires). Il s'agit aussi d'une espèce d'ombre ou de demi-ombre sur sol assez frais (limon et sable). Famille des Renonculacées. Plante vénéneuse.

L'ail des ours (Allium ursinum) est une plante à bulbe qui forme généralement des tapis très recouvrants ; fleurit d'avril à juin et pollinisée par les insectes. Présentant une forte odeur d'ail, ces fleurs d'un blanc pur sont en ombelle. Il s'agit d'une espèce de milieu ombragé sur sol à réserve d'eau importante souvent en compagnie du frêne commun et de l'érable sycomore (limon et sable). Ses feuilles peuvent être consommées pour agrémenter le fromage blanc, ou en salade. Famille des Liliacées. Plante dépurative.

La jacinthe des bois (Hyacinthoides non-scripta) est une plante à bulbe qui fleurit d'avril à mai et qui peut recouvrir de grands espaces qui deviennent ainsi tout bleus. Après floraison, on ne voit plus que les hampes florales sèches qui persistent après la disparition des feuilles en juin. Il s'agit d'une espèce de demi-ombre (sciaphile) sur sol à réserve d'eau importante (limon et sable). Famille des Liliacées. Cultivée comme plante ornementale.

Dans nos bois

Ce type écologique forestier est remarquable au moment d'une part de la floraison de la jacinthe des bois et d'autre part en raison de son aire de distribution géographique strictement limitée au nord-ouest de la Belgique, aux Iles Britanniques, à l'ouest de la France et à l'extrême nord de l'Espagne, la jacinthe caractérise dans ce cas-ci la hêtraie atlantique, unique en Europe et dans le monde. Ainsi, pour la région de Bruxelles-capitale, le bois de Verrewinkel est mieux fourni que la Forêt de Soignes.

Le millet diffus ou étalé (Milium effusum) qui fleurit de mai à août (plante vivace) est une espèce d'ombre ou demi-ombre sur sol assez riche en éléments nutritifs à tendance acide (limon et sable) et sol frais. Famille des Graminées.

La luzule des bois (Luzula sylvatica) qui fleurit de mai à août (plante vivace) est une espèce d'ombre appréciant les stations à humidité atmosphérique élevée, sur sol frais et acide (limon et sable). Famille des Joncacées.

Le maianthème à deux feuilles (Maianthemum bifolium) fleurit de mai à juin, est pollinisée par les insectes et disséminée par les animaux. On peut remarquer la première feuille basilaire à long pétiole qui disparaît au moment de la floraison. Il s'agit d'une espèce d'ombre sur sol acide (limon et sable). Famille des Liliacées.

Les champignons

Dépourvus de chlorophylle, les champignons ont adopté trois modes de nutrition :

• Beaucoup en vivent en saprophytes c'est-à-dire qu'ils se nourrissent de matières végétales ou animales mortes et en décomposition ;

• D'autres ont adopté la solution du parasitisme et s'installent notamment sur les arbres qu'ils vident de leur subsistance pour s'en nourrir ;

Dans nos bois

En réalité, la distinction entre ces deux modes n'est pas aussi nette ; certaines espèces passant du saprophytisme au parasitisme suivant le cas. Mais, surtout, il existe un parasitisme de faiblesse comme chez l'oreille de Judas qui s'attaque plutôt aux individus âgés et déjà affaiblis.

• Enfin, un troisième mode constitue la symbiose c'est-à-dire des associations avec des végétaux où les partenaires en tirent quelque profit (lichens).

Au même titre que les bactéries, de certains invertébrés (décomposeurs), les champignons remplissent un rôle important dans le processus de décomposition de la matière organique (plantes et animaux) en minéraux qui seront alors remis à la disposition de l'écosystème.

Le polypore amadouvier est un redoutable parasite de nombreux feuillus et notamment du hêtre. Il est responsable d'une pourriture blanche très active. Il s'installe à la faveur d'une blessure et peut vivre de nombreuses années, conduisant à la mort de son support. Il n'est bien entendu pas comestible mais on s'en servait autrefois pour préparer l'amadou utilisé pour arrêter les hémorragies mais aussi pour faire fonctionner les briquets.

 

Élisabeth FAUVILLE, lors de la visite guidée
Élisabeth FAUVILLE, guide nature, pour la visite guidée du Bois de Verrewinkel en mai 2007 et avril 2008.
Ces visites ont permis à une vingtaine de personnes de découvrir ou de redécouvrir le Bois de Verrewinkel.

Bibliographie

- La Forêt de Soignes dans la série Parcours des Editions Artis-Historia (46 p.), 1996 ;
- Article de Martin Tanghe « Perception écologique du Bois de Verrewinkel à Uccle » paru dans la « Lettre aux habitants » Nouvelles de l’ACQU n° 51 (janvier, février, mars 2007) (voir Perception écologique du Bois de Verrewinkel) ;
- Flore forestière française, guide écologique illustré, tome 1 Plaines et collines, J.C. Rameau, et al, Institut pour le développement forestier (1785 p.), 1989 ;
- Les champignons de France, Guide vert, H. Chaumeton et al, France Loisirs (510 p.), 1987.